L'annonce dit jument baie, le document d'identification dit bai brun, et l'étalon auquel vous pensez pour elle est alezan. Que ces trois mots concordent, et la couleur du poulain que la saillie peut donner, tout dépend de la manière dont la robe du cheval se transmet et dont on l'écrit, deux choses distinctes.
Pour l'acheteur qui lit annonces et papiers comme pour l'éleveur qui prépare un croisement : les gènes derrière les robes des chevaux, ceux qui touchent à la santé, et ce qu'un test ADN tranche là où une description ne le peut pas.
Deux gènes derrière la robe du cheval : alezan, bai, noir
Sous tous les noms que prend la robe du cheval, il y a trois robes de base, alezan, bai et noir, et deux gènes les départagent. Le premier, Extension ou facteur rouge, décide si le cheval peut fabriquer du pigment noir. Le laboratoire de génétique vétérinaire de l'université de Californie à Davis (UC Davis) explique qu'un cheval portant deux copies de l'allèle rouge récessif ne produit aucun pigment noir dans sa robe et transmet un allèle rouge à chacun de ses poulains. Le second, Agouti, décide où va le noir : avec l'allèle dominant, il est cantonné aux extrémités, crins et bas des membres, c'est le bai ; avec deux copies récessives, il couvre tout le corps, c'est le noir.
| Extension | Agouti | Robe de base |
|---|---|---|
| e/e | tous | Alezan : aucun pigment noir |
| E/E ou E/e | A/A ou A/a | Bai : noir aux extrémités |
| E/E ou E/e | a/a | Noir : noir partout |
L'Agouti ne se voit que sur un cheval capable de produire du noir : un alezan peut donc porter l'allèle du noir sans que personne le sache. Deux alezans ne donnent que des poulains à base alezane, aucun n'ayant de E à transmettre, et un cheval porteur de deux copies de E ne donnera pas de poulain alezan, quel que soit le partenaire. La robe d'un parent bai ou noir ne dit pas s'il cache un allèle rouge.
Les dilutions : crème, dun, silver et champagne
Par-dessus la robe de base viennent les gènes de dilution. Le crème dilue le pigment rouge : une copie fait d'un alezan un palomino et d'un bai un isabelle, deux copies donnent un cremello ou un perlino. Sur un cheval noir, note UC Davis, une copie n'a qu'un effet très discret : un noir fumé (smoky black) peut être vendu comme noir tout en transmettant le crème, en moyenne, à un poulain sur deux.
Le dun éclaircit le corps mais pas la tête, le bas des membres ni les crins, avec en général une raie de mulet et parfois des zébrures. Ces marques primitives ne prouvent pas le dun : un cheval porteur d'un allèle non dun peut en présenter sans la dilution.
Le silver n'agit que sur le pigment noir : une robe noire devient chocolat, crins lavés ou gris argenté. Sur un alezan, il est invisible, et il compte au-delà de la couleur : la même mutation provoque un syndrome oculaire héréditaire, les anomalies oculaires congénitales multiples (MCOA), et UC Davis indique qu'un alezan porteur du silver présente probablement ces anomalies même si sa robe n'en montre rien. Le champagne dilue les deux pigments et donne une peau rosée et des yeux ambrés.
Le gris est un processus, avec un risque de mélanome
Un cheval gris naît d'une autre couleur. UC Davis décrit le gris comme une dépigmentation progressive qui touche n'importe quelle robe de base et laisse souvent le cheval presque blanc entre six et douze ans, les premiers poils blancs apparaissant d'ordinaire autour des yeux. Le gris est dominant, une copie suffit : un poulain gris a donc au moins un parent gris, et un cheval qui n'a pas grisonné ne le porte pas en cachette.
La même mutation prédispose au mélanome. Selon la synthèse publiée par le laboratoire d'UC Davis, plus de 70 % des chevaux gris de plus de 15 ans en développeront un, le plus souvent autour de la queue et de la tête. Dans une étude clinique menée à Vienne sur 296 Lipizzans gris, la moitié avaient des mélanomes cutanés, et parmi les 68 chevaux de plus de 15 ans, 51 en avaient. Dans 75,6 % des cas, les tumeurs étaient sous la queue. Les auteurs les ont jugées moins malignes que chez les chevaux de robe unie ; aucun cheval atteint ne souffrait d'effets cliniques graves.
Une étude de 2024 parue dans Nature Communications a distingué deux versions de la mutation : l'une grisonne vite avec une fréquence élevée de mélanome, l'autre lentement avec une fréquence faible, et un test ADN les sépare désormais. Pour un acheteur, l'âge d'un gris et la peau sous sa queue font partie de la question. Savoir si une grosseur compte, c'est au vétérinaire d'en juger lors de la visite d'achat, pas à l'annonce.
Les robes pie et le poulain blanc létal
Les panachures blanches relèvent d'autres gènes encore. Le tobiano, où le blanc traverse le dos entre les oreilles et la queue, est dominant, et un cheval qui en porte deux copies donne toujours des poulains tobiano. Le frame overo est celui qu'il faut tester. Une copie donne la panachure ; deux copies donnent le syndrome du blanc létal (lethal white overo), que le Center for Equine Health d'UC Davis décrit chez des poulains entièrement blancs et nés avec un tube digestif insuffisamment développé. Il n'existe aucun traitement ; ils meurent dans les jours qui suivent la naissance ou sont euthanasiés. La mutation en cause, sur le gène EDNRB, a été identifiée en 1998.
Chaque poulain de deux porteurs a 25 % de risque d'être atteint, et un porteur ne se voit pas toujours : selon le centre, des chevaux crus de robe unie ont produit des poulains atteints, et la mutation existe chez les Pur-sang, Quarter Horses, Appaloosas et American Miniature Horses comme chez les Paints. L'association américaine du Paint Horse (APHA) exige un résultat OLWS pour chaque étalon reproducteur. Si l'un des parents peut être porteur, faites tester les deux avant la saillie.
Marques blanches et robe au passeport : une description
Dans l'Union européenne, un équidé doit être identifié dans un délai fixé par chaque État membre, au plus tard 12 mois après sa naissance. Son document d'identification inscrit la robe en toutes lettres et dessine son signalement sur un schéma : les marques au stylo rouge, les épis au noir. Le règlement d'exécution (UE) 2021/963 explique pourquoi : un transpondeur seul peut ne pas suffire à identifier un cheval. On y note la couleur, cheval par cheval, telle que l'identificateur l'a vue, souvent sur un poulain.
C'est là que la robe du cheval et son génotype se séparent. L'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) consacre une webconférence à cette question, pourquoi la robe des papiers diffère parfois des tests génétiques, et son site Équipédia une série sur la génétique des robes. Le stud-book japonais du pur-sang prévient qu'un poulain gris peut ne montrer que quelques poils blancs et ne peut pas toujours être jugé gris tout de suite, et qu'un noir peut roussir aux pointes selon la saison et passer pour un bai foncé. Le guide du ministère américain de l'Agriculture (USDA) pour les vétérinaires constate qu'il n'existe pas de nomenclature normalisée des robes et des marques. Et certains stud-books n'inscrivent que la robe de base sans test : le bureau néerlandais du stud-book espagnol PRE explique qu'un perlino figure en général au passeport comme « castaña », c'est-à-dire alezan, et que seule une analyse génétique permet de changer la robe.
Lisez donc la robe du passeport comme le nom donné au cheval, pas comme ce qu'il porte. L'important est que description et schéma correspondent au cheval devant vous ; sinon, demandez pourquoi avant d'aller plus loin.
Ce que la génétique dit, et ne dit pas, à un éleveur
Un test ADN lit le génotype sur 20 à 40 crins arrachés avec leur bulbe, à la crinière ou à la queue. Chez UC Davis, en octobre 2026, un test de couleur seul coûtait 42 dollars américains et le panel consacré à la robe du cheval 85 dollars. Certains stud-books n'acceptent que leur propre laboratoire : le PRE ne modifie une robe au passeport que sur un test de son association d'éleveurs, l'ANCCE.
Pour un éleveur, la génétique transforme une supposition en probabilités. Faites tester jument et étalon pour les gènes utiles au croisement : Extension et Agouti pour la robe de base, crème si l'un des deux peut le cacher, gris pour savoir à quelle vitesse un poulain gris blanchira, frame overo s'il y a un cheval pie dans l'une des origines. Le reste est de l'arithmétique : une jument baie porteuse du rouge (E/e) saillie par un étalon alezan (e/e) donne à chaque poulain 50 % de chances d'être alezan. Les robes des ancêtres, visibles dans la recherche de pedigree, sont un point de départ ; seul un test dit ce que portent les parents.
Un test ne promet pas un poulain précis : il faut attendre la fin de la gestation, voir combien de temps dure la gestation d'une jument, pour savoir de quel côté les probabilités sont tombées. Il ne dit rien non plus de la santé, du caractère ou des aptitudes.
Où Hoofine intervient
Sur Hoofine, la robe d'une annonce est celle que le vendeur a saisie : traitez-la comme le passeport, une description à vérifier sur le cheval. Les propriétaires peuvent enregistrer le résultat OLWS d'un cheval sur sa fiche, affiché avec l'origine de l'information : le propriétaire seul, le propriétaire avec le rapport du laboratoire joint, ou un rapport que nous avons comparé au cheval. Pour préparer un croisement, partez des étalons sur Hoofine ; pour acheter, des chevaux à vendre. Ni l'un ni l'autre ne remplace le test.



