La jument qu'on vous présente à l'essai porte une couverture épaisse et un poil d'hiver de paillasson, et le vendeur vous dit qu'elle est « en bon état, à peu près 5 ». Sur l'échelle américaine en 9 points, 5 est un état moyen. Sur la grille de l'IFCE, 5 est un cheval obèse. Avant de vous fier à une note d'état corporel, cheval à l'essai ou cheval au pré, il faut savoir de quelle grille elle sort, et en novembre vos mains comptent plus que vos yeux.
Note d'état corporel cheval : la grille de l'IFCE
En France, la référence est l'IFCE, l'Institut français du cheval et de l'équitation. Sa fiche équipédia sur la note d'état corporel (NEC) utilise une grille propre, de 0 pour un cheval cadavérique à 5 pour un cheval obèse, et observe entre trois et six zones du corps. L'estimation visuelle donne une première idée, mais elle « ne suffit pas à évaluer l'état d'engraissement du cheval » : il faut palper. Les côtes sont le site majeur, et le chignon se pince entre le pouce et les doigts.
Pour l'IFCE, la NEC optimale se situe entre 2,5 et 3,5, avec des cibles selon l'usage : 2,0 à 2,5 pour le complet, l'endurance et les courses, 2,0 à 3,0 pour un poulain, 3,0 pour un étalon ou un poney, 3,0 à 3,5 pour le dressage, le CSO et la poulinière. Au-dessus de 4, « c'est trop ». Il n'existe donc pas une seule bonne NEC : cheval de course et poulinière n'ont pas la même cible.
Une note estime la graisse stockée, pas le gabarit. L'échelle en 9 points des sites anglophones vient d'un article de Don Henneke et de ses collègues de Texas A&M, publié en 1983 : vingt juments Quarter Horse examinées, six zones retenues (le rein, les côtes, la base de la queue, l'arrière de l'épaule, l'encolure, le garrot), une note de 1, extrêmement émacié, à 9, extrêmement gras. Sur 32 juments, la note expliquait 65 % de la variation de la masse grasse, davantage que le poids ou la taille. Le poids est une autre question, traitée dans combien pèse un cheval.
Échelle de Henneke ou grille sur 5
L'échelle de Henneke est le standard américain : l'AAEP, l'association américaine des vétérinaires équins, demande aux refuges de garder chaque cheval entre 4 et 6 sur la grille de Henneke. En 1988, Carroll et Huntington, au ministère de l'Agriculture de l'État de Victoria en Australie, ont adapté une méthode antérieure pour en tirer l'échelle généralement donnée de 0 à 5, et montré sur 372 chevaux que des évaluateurs différents la reproduisaient. Les Britanniques l'ont adoptée, et World Horse Welfare cite les deux systèmes en jugeant celui sur 5 plus facile pour un débutant. La grille de l'IFCE est sur 5 elle aussi, mais c'est la sienne, pas celle de Carroll et Huntington.
| Pays | Organisme | Échelle | Ce qui est jugé sain |
|---|---|---|---|
| France | IFCE | grille propre, 0 à 5 | 2,5 à 3,5 |
| France | RESPE | 0 à 5, plus un score de chignon sur 5 | NEC 2,5 à 3,5 ; chignon 0 à 2 |
| États-Unis | AAEP | Henneke, 1 à 9 | 4 à 6 |
| Royaume-Uni | British Horse Society | 0 à 5 | 2,5 à 3 |
| Allemagne | Kienzle et Schramme (2004), 181 chevaux | 1 à 9, adaptée aux chevaux de sang | non fixé dans le résumé |
| Pays-Bas | Sectorraad Paarden | 0 à 5 | 3 |
| Japon | JRA | 1 à 9 | la plupart des pur-sang en élevage sont entre 4 et 6 |
| Union européenne | guide européen du bien-être, d'après AWIN | Carroll et Huntington, écrite de 1 à 5 | non fixé |
Le RESPE, le réseau français de surveillance des maladies équines, retient lui aussi une NEC de 2,5 à 3,5, sur 5. Toute grille trouvée en ligne relève de l'une de ces familles : regardez le bas de l'échelle avant de lire le chiffre, et demandez toujours « sur combien ? ».
Le score de chignon
La graisse du haut de l'encolure a son propre score. En 2009, Carter et ses collègues ont décrit un score d'encolure de 0 à 5 et constaté qu'il était lié à des valeurs sanguines comme l'insuline. Pour le RESPE, ce score de chignon est compris entre 0 et 2 chez un équidé sain, et 3 ou plus indique un dysfonctionnement métabolique.
Palpez-le aussi : la BHS précise que cette graisse peut être dure et difficile à faire bouger, et qu'un étalon développe naturellement une encolure épaisse.
Pourquoi le poil d'hiver oblige à palper
L'équipe de Henneke écrivait déjà qu'en hiver un poil long et épais compliquait l'appréciation visuelle, si bien qu'il a fallu palper les juments.
L'état bouge aussi avec les saisons, et l'IFCE accepte une marge de fluctuation selon les périodes de l'année. Une étude de Bristol a noté 96 chevaux de loisir en fin d'hiver puis en été : l'obésité est passée de 27,08 % à 35,41 %. Pour l'encolure, c'était l'inverse : un score de 3 ou plus chez 45,83 % des chevaux en fin d'hiver et 33,33 % en fin d'été, sans pouvoir dire si l'encolure grossissait vraiment ou si le poil la rendait plus difficile à juger.
Notez donc à plat de main, couverture retirée : les côtes, l'arrière de l'épaule, l'encolure, la base de la queue. Ignorez le ventre : l'étude allemande explique qu'un gros ventre peut appartenir à un cheval maigre comme à un cheval gras, selon la musculature et le fourrage dans l'intestin. Notez la valeur chaque mois, car les propriétaires jugent mal leur propre cheval. Le RESPE observe qu'ils ont tendance à sous-estimer sa surcharge pondérale, et dans une étude australienne ils jugeaient leurs chevaux plus minces que les chercheurs.
Ce que la note dit de la fourbure et du SME
Une note élevée est un signal, pas un diagnostic. Dans un troupeau surtout composé de poneys Welsh et Dartmoor, une note de 7 ou plus sur 9 et un score d'encolure de 4 ou plus ont permis de prédire quels poneys feraient une fourbure dans les trois mois, tout comme l'insuline et la leptine. Une étude britannique portant sur 1 010 chevaux a relevé la prise de poids dans les trois mois précédents parmi les facteurs de risque.
Le cheval en surpoids n'est pas pour autant le seul à surveiller. Quand le Royal Veterinary College a suivi 446 poneys pendant trois ans, 72,2 % avaient une note de 7 à 9 sur 9, mais les facteurs qui prédisaient la fourbure étaient des marqueurs sanguins. Le consensus du Collège européen de médecine interne équine (ECEIM) dit qu'un cheval peut avoir un syndrome métabolique équin avec un corps maigre, ou porter beaucoup de graisse sans en avoir, et qu'au-delà de 7 sur 9 la note ne suit plus la masse grasse de façon linéaire. Avant de parler de syndrome métabolique, un vétérinaire doit démontrer une dysrégulation de l'insuline, ce qui passe par une prise de sang.
Le bas de l'échelle compte aussi. L'université du Minnesota cite une note de 3 ou moins, sur l'échelle en 9 points courante aux États-Unis, parmi les raisons de couvrir un cheval (voir quand couvrir un cheval). Si la note baisse en hiver, regardez la ration, à commencer par la quantité de foin. Rien de tout cela ne remplace votre vétérinaire, qui décide de ce qu'une note signifie pour votre cheval et s'il faut des analyses.
Noter un cheval lors d'un essai
Les photos d'une annonce ne permettent pas de noter un cheval, surtout en poil d'hiver. À l'essai, faites-le à la main :
- Demandez qu'on retire la couverture, et notez en bonne lumière sur un sol plat.
- Palpez vous-même les côtes. Si vous devez appuyer fort pour les trouver, le cheval porte trop de graisse.
- Si le vendeur annonce une note, demandez sur combien.
- Pincez le chignon. Une graisse dure chez une jument ou un hongre mérite une question ; chez un étalon, moins.
Un cob ou un poney rond en octobre n'a rien de rare : des propriétaires britanniques déclaraient 31,2 % de leurs chevaux obèses, le plus souvent des cobs, des races natives et des chevaux faciles à nourrir. Signalez ce qui vous inquiète avant la visite d'achat, où le vétérinaire pourra vous dire si une prise de sang vaut la peine.
Ce que Hoofine peut faire
Hoofine ne note pas les chevaux, et une photo d'annonce en poil d'hiver ne vous dira pas l'état d'un cheval. Le site peut mettre sous vos yeux les chevaux à vendre pour que vous alliez les palper, et vous aider à trouver un vétérinaire près du cheval avant de vous engager.



