Quand couvrir son cheval, et quand s'en passer

Un cheval en bonne santé et non tondu supporte bien plus de froid que son propriétaire. Ce que disent l'IFCE, la recherche et les codes de bien-être sur la tonte, l'âge, l'abri, la pluie et le vent, et pourquoi trop couvrir est un risque à part entière.

Mostafa Zamani7 min de lecture

6 lectures
Des couvertures pour chevaux de poids différents suspendues sur une lisse en bois couverte de givre dans une cour d'écurie pavée au petit jour, et à droite un cheval bai qui regarde par-dessus une porte de box, son souffle visible dans l'air froid.

La première nuit froide d'octobre arrive, la moitié de l'écurie est déjà sortie en couverture d'hiver, et vous voilà devant le box, une couverture sur le bras, à vous demander si votre cheval sera le seul à grelotter. Savoir quand couvrir son cheval tient pourtant bien moins au thermomètre qu'au cheval lui-même : son poil, son âge, son état, l'abri dont il dispose, et s'il est mouillé ou non.

Votre cheval n'a pas froid parce que vous avez froid

En France, la référence est la fiche de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) sur l'adaptation des chevaux au froid. Une personne habillée est à l'aise entre 18 et 24 °C, alors que la zone de confort thermique d'un cheval non tondu, sous un climat tempéré, se situe approximativement entre 5 et 25 °C. La température en dessous de laquelle il faut aider le cheval, en lui apportant de l'énergie supplémentaire et un abri, est d'environ -15 °C pour un adulte en bonne santé et non âgé.

D'autres chiffres circulent. Aux États-Unis, l'Université du Minnesota donne dans son guide d'hiver 41 °F (5 °C) pour un cheval en poil d'été et 18 °F (environ -8 °C) en poil d'hiver. Une synthèse publiée en 2020 par des chercheurs norvégiens explique ces écarts : cette température critique n'est pas une valeur fixe, elle dépend de l'âge, de la race, du poil, de l'alimentation, de l'état corporel et de ce à quoi le cheval est habitué, et chaque chiffre ne vaut que pour les chevaux sur lesquels il a été mesuré.

La pluie et le vent comptent plus que le thermomètre

La même équipe norvégienne a appris à 23 chevaux à désigner un panneau parmi trois pour demander une couverture, la faire enlever ou ne rien changer. D'après la synthèse, en dessous de -10 °C, les chevaux ont choisi la couverture dans 80 à 90 % des tests, et au-dessus de 20 °C tous ont voulu s'en passer. À 10 °C par beau temps, seuls 5 % des chevaux non couverts en ont demandé une. Un jour à 6 °C, avec de la pluie et un vent fort, tous les chevaux testés l'ont demandée.

L'IFCE ajoute qu'entre 5 et 9 °C par temps pluvieux, 20 chevaux sur les 22 testés ont préféré être couverts. Dans un troupeau de chevaux islandais qui passaient l'hiver dehors, avec un abri, jusqu'à -30 °C, la synthèse ne relève des frissons qu'une seule fois, un jour à 5 °C sous une forte pluie. Le guide du Minnesota note qu'il suffit de 0,1 pouce de pluie, soit environ 2,5 mm, pour provoquer un stress dû au froid en plaquant le poil.

La première question, un soir froid, est donc celle de l'abri. L'IFCE l'écrit : par temps froid et humide, couverts ou non, les chevaux profitent de la présence d'un abri, et cet élément semble plus important que la pose d'une couverture. Selon l'institut, la réglementation française n'impose pourtant pas un abri en tant que tel. Elle précise simplement que, dans la mesure où c'est nécessaire et possible, les chevaux doivent être protégés des intempéries et des prédateurs.

Quand couvrir son cheval : ceux qui en ont vraiment besoin

La tonte est la décision qui règle l'essentiel. L'IFCE écrit que la température critique minimale d'un cheval tondu est plus proche de 5 °C que de -15 °C, et qu'il est alors nécessaire de lui mettre une couverture, à choisir en fonction de la température, et d'adapter la ration. Si vous tondez, vous vous engagez donc à couvrir pour l'hiver.

Les mêmes précautions valent, selon l'institut, pour le cheval qui n'a pas eu le temps de s'habituer, comme celui qui sort au paddock alors qu'il est logé dans une écurie chauffée. Il faut 10 à 20 jours à un cheval pour s'adapter à une baisse de l'ordre de 15 °C.

À l'étranger, l'Université du Minnesota juge la couverture nécessaire dans six cas : pas d'abri au pré quand la température, ou la température ressentie, passe sous 5 °F (-15 °C), un cheval qui risque d'être mouillé, un cheval tondu, très jeune ou très âgé, non acclimaté au froid, ou dont la note d'état corporel est de trois ou moins sur l'échelle en neuf points habituelle aux États-Unis. Au Royaume-Uni, la British Horse Society (BHS) y ajoute les races au poil fin, comme le pur-sang et l'arabe, et les chevaux trop maigres ou malades.

Ce que les tableaux de températures ne voient pas

Les tableaux qui associent des degrés à des grammes de garnissage circulent partout en automne, et ceux que l'on trouve en cherchant en français viennent de vendeurs d'équipement. Un tableau très partagé au Royaume-Uni, publié par l'association britannique du commerce équestre, précise qu'il est reproduit avec l'autorisation d'un détaillant. Cela ne le rend pas faux, mais aucun tableau ne peut décider quand couvrir son cheval à votre place : il ne voit pas si vous avez un pur-sang tondu ou un cob bien poilu, ni s'il a une haie derrière laquelle se mettre.

Aucun des textes officiels que nous avons lus ne fixe de seuil. La fiche de l'IFCE conclut qu'il n'y a « pas de réponse toute prête ». Ni le code de bonnes pratiques anglais sur le bien-être des chevaux ni le guide de bonnes pratiques de la plateforme de l'Union européenne sur le bien-être animal, un guide volontaire et non une règle de droit, ne nomment une température à partir de laquelle couvrir.

La British Horse Society est celle qui s'en approche le plus : beaucoup de chevaux restent à l'aise sans couverture tant que la température ne passe pas sous 5 °C, et l'on n'ajoute du poids que si le cheval montre des signes de froid. Elle classe les couvertures par garnissage : 0 à 100 g pour une légère, 150 à 300 g pour une moyenne, 350 g et plus pour une chaude.

Les preuves derrière ces grammages sont minces. Dans la seule expérience que cite la synthèse, quatre chevaux sont restés dehors une heure par -23 °C. La température de surface sur les reins était ensuite de 22,3 °C sans couverture, 26,8 °C sous une couverture sans garnissage, 30,3 °C avec 200 g et 31,5 °C avec 400 g, et l'écart entre les deux couvertures garnies n'était pas statistiquement significatif.

Trop couvrir est aussi un problème de bien-être

Un cheval peut s'éloigner du vent, pas retirer sa couverture quand le soleil sort à onze heures. L'IFCE le dit en une phrase : au-delà de 20 °C, une couverture, ne serait-ce qu'imperméable, poserait le problème inverse en induisant une hyperthermie.

Le code anglais demande de retirer les couvertures d'extérieur quand le temps s'améliore. La BHS énumère les signes : transpiration sous la couverture, respiration accélérée ou forte, abattement ou irritabilité, frottements répétés, peau chaude et humide. Son contrôle : glisser la main sous la couverture, derrière le garrot, où le cheval doit être agréablement chaud et sec.

La BHS rappelle aussi qu'un cheval en surpoids peut maigrir naturellement en hiver, parce qu'il dépense plus d'énergie pour se tenir chaud. Trop couvrir et trop nourrir peuvent, selon elle, augmenter le risque de prise de poids et de fourbure ; c'est un conseil, pas un effet mesuré par une étude.

La couverture raccourcit aussi le poil qu'elle recouvre. Dans une étude sur 16 chevaux dans le Wisconsin, le poil de l'encolure mesurait en janvier 43 mm chez les chevaux couverts contre 58 mm chez les autres, les deux groupes suivant la même évolution au fil de l'hiver.

Une routine pour le premier automne

Regardez le cheval avant la météo : des frissons, une queue serrée contre le corps et la recherche active d'un abri font partie des signes de froid que donne la BHS. Avant de sortir une couverture plus chaude, vérifiez qu'il a assez de foin, comme elle le conseille.

Si vous couvrez, ne posez pas la couverture sur un cheval mouillé, retirez-la régulièrement, idéalement chaque jour selon le code anglais, pour regarder le corps dessous, et gardez-en une de rechange. Si personne ne peut la changer à la mi-journée, la BHS conseille de choisir la plus légère qui convienne.

Rien de tout cela ne remplace votre vétérinaire. Savoir si un cheval maigre, malade ou âgé a besoin d'une couverture, ou peut passer l'hiver dehors, est une question pour la personne qui l'a examiné.

Où nous intervenons

Hoofine ne peut pas vous dire si votre cheval a froid, mais peut vous mettre en relation avec ceux à qui poser la question : les vétérinaires équins de l'annuaire pour le cheval âgé ou maigre, et les selleries pour une couverture mesurée sur le cheval plutôt que choisie dans un tableau. Si vous cherchez une écurie, les annonces de pension sont l'endroit où demander s'il y a un abri au pré et qui change les couvertures, ce qui est souvent un supplément, comme l'explique ce que comprend vraiment une pension. Les couvertures sont une ligne du budget que combien coûte un cheval par mois détaille en entier.

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion.