Quand vermifuger son cheval ? La coproscopie d'abord

Le calendrier de vermifugation affiché à la sellerie est peut-être dépassé. Ce que disent le RESPE, l'IFCE et les recommandations étrangères sur la coproscopie, le ténia et les larves enkystées, qui peut délivrer un vermifuge en France, et quoi demander à votre vétérinaire.

Mostafa Zamani7 min de lecture

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Un microscope et de petits pots à prélèvement sur l'établi d'une sellerie, à côté d'une paire de gants, d'un bécher et d'un tamis, avec des chevaux qui pâturent dans un paddock derrière la fenêtre.

Sur la porte de la sellerie, le gérant de l'écurie a punaisé une feuille : semaine du vermifuge, tous les chevaux, le même tube. Ou bien vous venez d'acheter un cheval dont les papiers ne disent rien de son dernier traitement. Dans les deux cas, la question « quand vermifuger son cheval » reçoit la réponse d'un calendrier, souvent plus ancien que les recommandations actuelles.

Ce texte s'adresse au premier propriétaire dans cette situation : ce que disent les recommandations, ce qu'une coproscopie montre ou non, qui peut vous délivrer un vermifuge en France et quoi demander à votre vétérinaire. Ce n'est pas un protocole de traitement : le produit, la dose et le moment sont ses décisions.

Quand vermifuger son cheval : plus au calendrier

Pendant des décennies, la réponse a été toutes les huit semaines environ. Le Réseau d'Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine (RESPE) résume ce passé ainsi : des traitements systématiques à intervalles fixes, « sans tenir compte de l'état parasitaire réel de l'animal ». L'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) écrit dans sa fiche équipédia qu'on ne doit plus traiter systématiquement et fréquemment tous les chevaux adultes. Aux États-Unis, l'association des vétérinaires équins (AAEP) demande dans ses recommandations de 2024 d'arrêter les traitements à intervalles fixes, et la britannique BEVA juge la méthode inacceptable pour un cheval adulte.

La raison est la résistance : les vers qui survivent à un traitement se reproduisent, et plus une écurie traite, plus vite ils prennent la place des autres. Dans son dépliant de 2017 sur la vermifugation raisonnée, l'IFCE dressait l'état des lieux français de 2016 pour les petits strongles : une résistance très fréquente à une première famille de vermifuges, fréquente à une deuxième, rare à la troisième. L'AAEP note qu'aucune nouvelle famille de vermifuges n'est apparue pour le cheval depuis 40 ans et qu'aucune n'est attendue.

La coproscopie d'abord : ce que prévoient les recommandations

Une revue de 2025 qui compare sept recommandations nationales et européennes conclut que toutes reposent sur la surveillance : analyser, traiter les chevaux qui en ont besoin, vérifier que le traitement a agi. La France n'y figure pas, mais le RESPE et l'IFCE publient des repères pour les propriétaires.

SourceAnalysesQuand un cheval adulte est traité
RESPE, FranceUne coproscopie deux fois par anDe 0 à 200 œufs par gramme, pas de traitement nécessaire ; de 200 à 500, à évaluer selon le contexte ; au-dessus de 500, traitement recommandé
IFCE, FranceDans l'idéal, une coproscopie avant la vermifugationAu-dessus de 200 œufs par gramme ; à titre d'exemple, 1 à 2 vermifugations par an pour un faible excréteur, 3 à 4 pour un fort excréteur
ESCCAP, Europe (2019)Au moins quatre analyses la première année, trois ensuiteAu-dessus de 200 œufs par gramme, ou selon un plan saisonnier lié au suivi des crottins

Les deux sources françaises ne placent pas le seuil au même endroit, et l'IFCE donne ses protocoles à titre d'exemple : c'est votre vétérinaire qui fixe le seuil.

Les vers ne sont pas répartis également : selon l'AAEP, un cinquième des chevaux d'un troupeau, ou moins, excrète 80 % des œufs. Et un adulte change peu de catégorie : selon l'IFCE, un cheval classé faible excréteur lors de deux coproscopies espacées de six mois a 84 % de chances de l'être encore à la troisième ; pour un fort excréteur, la probabilité est de 59 %.

Moins souvent ne veut pas dire jamais. Dans les exemples de l'IFCE, même un faible excréteur reste vermifugé, en fin d'automne plutôt qu'en hiver, quand l'excrétion d'œufs est très faible. L'AAEP maintient pour chaque cheval un traitement de base, une ou deux fois par an, et la revue explique pourquoi : les grands strongles, les plus dangereux, sont réapparus au Danemark et en Suède, où les règles sont les plus strictes. Le guide européen de l'ESCCAP demande de traiter aussi rarement que possible sans risquer la maladie, mais conserve un plan saisonnier lié à des analyses.

Rien de tout cela ne vaut pour les jeunes. L'IFCE prévoit pour les chevaux de 1 à 3 ans une vermifugation systématique, 3 à 4 fois par an, sans coproscopie préalable, et l'ESCCAP considère que l'ancienne habitude de traiter les poulains toutes les quatre à huit semaines n'est plus appropriée. Leur plan dépend de l'âge, et c'est le vétérinaire qui l'écrit.

Ce qu'une coproscopie ne voit pas

Une coproscopie estime combien d'œufs de strongles un cheval dépose sur la pâture. Selon l'AAEP, le résultat n'est pas corrélé au nombre de vers que porte le cheval et ne sert pas à diagnostiquer une maladie. L'analyse laisse aussi échapper le ténia, que la méthode courante détecte dans moins de 10 % des cas, les oxyures, dont les œufs restent collés à la peau sous la queue, et les larves de petits strongles enkystées dans la paroi de l'intestin. Le RESPE demande d'attendre 8 à 10 semaines après une vermifugation avant l'analyse.

C'est dans ces angles morts que les recommandations divergent. Pour le ténia, l'IFCE écrit qu'une coproscopie négative ne permet pas de décider de ne pas traiter, parce que les œufs sont excrétés par intermittence. Pour les larves enkystées, l'AAEP constate qu'aucune donnée ne démontre le bénéfice d'un traitement de routine, et les recommandations britanniques CANTER ne le jugent pas nécessaire chez l'adulte bien suivi et à faible risque. C'est un jugement sur votre cheval et votre écurie, pas une date dans l'agenda.

Vérifier que le vermifuge agit encore

C'est l'étape que la plupart des écuries sautent. Un test de réduction de l'excrétion fécale compare une analyse faite avant le traitement à une autre faite 14 jours après. Le repère de l'AAEP est une baisse de plus de 95 %, et elle veut ce test chaque année dans chaque écurie.

Qui peut vous délivrer un vermifuge en France

Dans l'Union européenne, l'article 34 du règlement (UE) 2019/6 soumet à ordonnance les médicaments destinés aux animaux producteurs de denrées alimentaires, sauf dérogation accordée à un produit précis, et l'une des conditions est qu'un mauvais usage ne crée aucun risque de résistance. Le cheval entre dans cette catégorie : l'IFCE rappelle qu'il est un animal de rente.

Le classement se fait produit par produit. L'Ordre national des vétérinaires indique que, depuis le 28 janvier 2022, c'est la décision d'autorisation de mise sur le marché qui classe un médicament « sur ordonnance ». Nous avons vérifié une fiche, pas toutes : dans l'index de l'Agence nationale du médicament vétérinaire, celle d'une pâte orale pour chevaux porte la mention « Médicament vétérinaire soumis à ordonnance ». L'IFCE précise que seul un vétérinaire inscrit à l'Ordre peut prescrire un médicament à un équidé, délivré ensuite par ce vétérinaire ou par un pharmacien sur présentation de l'ordonnance. Ailleurs, la règle change : aux États-Unis les vermifuges équins se vendent sans ordonnance, et au Royaume-Uni un vétérinaire, un pharmacien ou une personne spécialement qualifiée peut les prescrire.

Le document d'identification compte aussi : selon le règlement d'exécution (UE) 2021/963, un équidé est réputé destiné à l'abattage pour la consommation humaine tant qu'il n'en a pas été exclu, de façon irréversible. D'après l'IFCE, cette exclusion définitive est notifiée par le vétérinaire dans le feuillet médicamenteux du document d'identification et dans la base SIRE. La notice d'un vermifuge dit s'il peut être donné à un cheval resté dans la filière bouchère et quel est le temps d'attente, d'où la demande de voir le livret.

Un cheval qui arrive sans historique

Si vous achetez, demandez au vendeur les dates de vermifugation et les résultats d'analyses au moment de réserver la visite d'achat. L'IFCE prévient que les nouveaux arrivants hébergent potentiellement des petits strongles résistants ou des grands strongles absents de l'écurie d'arrivée. Au Royaume-Uni, CANTER conseille une quarantaine d'au moins 21 jours. Chaque écurie a sa réponse à la question « quand vermifuger son cheval » : demandez sur quoi elle repose avant l'arrivée du camion.

Les questions à poser à votre vétérinaire

  • Quand faire les coproscopies de ce cheval, et à partir de quel résultat traiteriez-vous ?
  • Un test de réduction a-t-il été fait pour savoir quels vermifuges agissent encore dans cette écurie ?
  • Comment gérer le ténia et les larves enkystées pour un cheval de cet âge et de cet historique ?
  • Que dit le feuillet médicamenteux, et cela change-t-il ce que vous pouvez prescrire ?

Et une question pour le gérant : à quelle fréquence les crottins sont-ils ramassés dans les prés ? L'ESCCAP conseille de le faire chaque jour si possible, et au moins deux fois par semaine.

Où nous intervenons

Hoofine ne peut ni analyser un crottin ni prescrire quoi que ce soit, seulement réunir au même endroit ceux qui le peuvent. Les vétérinaires équins de l'annuaire sont ceux à qui poser ces questions, et les pensions et écuries de propriétaires méritent d'être interrogées sur leur politique de vermifugation avant d'y installer un cheval. Coproscopies et traitements sont une ligne du budget annuel que détaille combien coûte un cheval par mois.

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